The Compact Disc Preservation Society

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  • Deanna / Oh Happy Day [acoustic]Nick Cave & The Bad Seeds

A la sortie de “The Good Son” de Nick Cave, les nouveautés étaient assez régulièrement accompagnées d’un CD bonus réservé aux premiers acheteurs, récompensant le fan pour sa réactivité. La prime aux plus rapides* : une pratique commerciale qui a bel et bien disparu, laissant la place à son opposé. Car je ne compte plus les exemples d’albums qui sont réédités 6 mois à peine après leur première parution, généreusement complétés d’une rondelle supplémentaire. Si je ne suis pas sûr que cette initiative suffise à décider de nouveaux acheteurs, je suis par contre à peu près sûr qu’elle met systématiquement en rogne les fidèles de la première heure, qui en ont eu moins pour le même prix.

“The Good Son” était cellophané avec un CD supplémentaire contenant 3 versions acoustiques de titres tirés du précédent album : “The Mersey Seat”, “City Of Refuge” et “Deanna”. Loin d’être anecdotiques, il s’agit de trois relectures poignantes du répertoire de l’Australien : le medley final “Deanna / Oh Happy Day” est particulièrement inattendu. Jamais les Bad Seeds n’étaient apparus sous un jour aussi jovial. Paradoxalement, les trois titres en question ne font pas partie de la version remasterisée de l’album parue en 2010. Les deux premiers ont été repris sur le coffret “B-Sides & Rarities” paru en 2005. Le dernier est passé à l’as. Un gospel à la poubelle : les Mauvaises Graines sont fidèles à leur réputation.

* Rétrospectivement, je me demande si cette promotion n’était pas réservée aux exemplaires commercialisés dans un certain type d’enseigne et si ce genre d’opération n’a pas mis à l’époque un clou supplémentaire dans le cercueil des disquaires indépendants.

    • #Nick Cave And The Bad Seeds
  • il y a 6 mois
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  • My Favourite PlaceMilltown Brothers

Dans sa tribune “Chiens vivants, lions morts : esthétique de la chanson rare”, parue dans le numéro 0 de l’excellente revue Audimat, Louis Picard écrit : Les chansons les plus belles sont toujours méconnues. Rien de plus beau qu’un titre rare - prise alternative, outtake, pressage japonais, face B, toute cette discographie bis, précisément, que sa rareté conduit à parer de qualités fantasmatiques, aussi bien pour celui qui ne peut l’écouter que pour celui qui se sait privilégié de le faire. Et je n’aurai pas rêvé d’une meilleure introduction pour vous parler de “My Favorite Place”.

“My Favorite Place” figure sur un format obsolète (le CD 3 titres) d’un groupe qui l’est encore plus : The Milltown Brothers. C’était l’époque des Soupdragons, de Candy Flips et de World of Twist : toute une vague de groupes anglais qui, dans la foulée de la sortie du premier album des Stoneroses, opérait un retour aux racines du Merseybeat. The Milltown Brothers n’étaient pas les meilleurs d’entre eux, et pour être honnête, tout ce que je connais d’eux se résume au CD-single en question. Mais la raison pour laquelle je l’ai gardé, c’est cette chanson, qui résonne comme un écho lointain au “In My Room” des Beach Boys : “Yes this is my favorite place / The place I come to when I’m down / This is my favorite place / I like to stay around”. Est-ce à cause de la voix plaintive ? De l’orgue farfisa dans le lointain ? Cette chanson m’accompagne depuis plus de 20 ans. Je ne suis pas sûre qu’elle figure sur un autre disque des Milltown Brothers et je crois pouvoir affirmer qu’elle est à peu près perdue. Mais chaque fois que je l’écoute, j’ai l’impression que c’est un classique des années 90. Un classique dont, paradoxalement, personne n’aurait jamais entendu parler. Pour reprendre la définition de Louis Picard, une vraie chanson rare.

    • #Milltown Brothers
  • il y a 7 mois
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  • OptiquestAdult Rodeo

Je suis une méthode totalement empirique pour connaître l’attachement que je porte à un disque : je l’enferme dans un carton, je le descends à la cave et j’attends. Si, dans un délai de 12 mois, je n’ai pas fait l’effort de décrocher la clé sur le tableau, descendre deux étages, dépasser le local poubelles et longer la rampe de sortie du garage, c’est mort. Je ne sais pas depuis combien de temps le disque de Adult Rodeo attendait que je vienne le chercher. Mais dans la foulée du concert de JC Satan à Mains d’Oeuvres, je suis parti le sauver de l’oubli.

Quand j’ai ouvert ce blog, je m’étais donné comme but de rendre hommage à des enregistrements disparus. J’ai un peu dévié en route, je le reconnais. J’ai même tellement dévié que j’ai échoué dans le fossé. Mais quand j’ai constaté que tout ce qu’il restait aujourd’hui de Adult Rodeo, ce sont deux rips audio postés sur Youtube par Skoptzygrrl (259 vues) et Bonzoboydog (220 vues), je me suis dit qu’il était temps de reprendre ma crosse. Le fait que le groupe soit aujourd’hui totalement tombé dans l’oubli tient en grande partie au fait que le label qui a édité ses deux premiers albums, Shimmy Disc, n’existe plus et que son catalogue n’est plus exploité. Mais je n’ai pas le souvenir que Adult Rodeo, à l’époque, ait eu le moindre succès. Pourtant, c’est certainement le chainon manquant entre Danielson Family et les Moldy Peaches.

Que manquait-il à Adult Rodeo ? Pas grand-chose. La production, réalisée par Kramer, embaume l’ensemble des chansons d’un doux parfum psychédélique. Mais « Texxxas », leur deuxième album, est trop long : délesté de 8 titres, il aurait certainement gagné en mordant sans rien rogner de sa douce étrangeté. Sans jamais avoir les moyens de jouer en première division, Adult Rodeo aurait pu accéder au même rang culte que Olivia Tremor Control, Of Montreal ou The Fiery Furnaces. Qu’en reste t-il aujourd’hui ? Kristin Erickson a quitté le groupe pour mener une nouvelle carrière sous le nom de Kevin Blechdom. Et même si leur dernier album remonte à 2004, Adult Rodeo continuerait à se produire dans son “Texxxas” natal.

    • #Adult Rodeo
  • il y a 7 mois
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  • I'm Sad the Goat Just Died TodayThe Frogs

[A l’occasion de la disparition de Dennis Flemion, je recycle sans scrupule une chronique que j’avais fait paraître dans “Plus jamais malade en auto” à l’occasion de la sortie de “My Daughter The Broad”].

La musique des Frogs est à l’image de leur pochette : joliment monstrueuse. C’est du moins ce que m’inspire la vision de cette tête de poupée montée sur un corps de dinosaure et l’écoute de ce disque radical qui doit autant à Ween qu’aux Butthole Surfers. A Dean & Gene, les grenouilles ont piqué ce don de pouvoir se couler dans tous les moules : de faire de l’ambiguïté un style et de la schizophrénie une méthode. Aux Texans, le goût du risque et la tentation du pire. Les Frogs chantent, sur fond de guitare acoustique ou de piano chancelant, la douleur d’avoir perdu une chèvre ou que Dieu est gay. Quand l’un d’eux n’est pas en train de chercher qui a refilé de la drogue à sa fille, les Frogs demandent qui suce les boules de grandpa depuis que grandma a quitté la maison. La notion de bon et de mauvais goût leur est apparemment inconnue, mais on leur a cependant appris que les meilleures blagues étalent les plus courtes : d’où la brièveté de leurs comptines (autour de 2 minutes) et leur grand nombre (22) rassemblées sur “My Daughter The Broad” où l’on croisera également les ombres des Residents et de Half Japanese. Vaste blague ou manifeste du rock mongoloïde : c’est ce malentendu qui fait le sel de ce disque extrême qui, derrière la provocation, dissimule des mélodistes très marqués par Marc Bolan et qui prennent certainement leur musique beaucoup plus au sérieux qu’on ne serait tenté de le croire.

    • #The Frogs
  • il y a 10 mois > steelopus
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  • 241 Lectures
  • I Still Can't Believe You're GoneWillie Nelson

[A l’occasion du 79ème anniversaire de Willie Nelson, je prends la liberté de republier un article paru dans “Plus jamais malade en euro grenouillère.]

La vie rend égoïste. Si j’avais moins prêté, et surtout si on m’avait plus rendu, je ne serai pas aussi réservé aujourd’hui quand il s’agit de partager. Si l’achat d’un graveur m’a permis de faire circuler des copies sans me séparer de la matrice, je cherche encore régulièrement des disques qu’on ne m’a pas restitué sans savoir à qui j’ai eu tort de les confier. Évidemment, parmi ces enregistrements, certains comptent plus que d’autres. Je n’ai jamais remis la main sur mon exemplaire de Phases & Stages de Willie Nelson (même si j’ai des soupçons que la présomption d’innocence m’empêche de divulguer), et j’en voulais à la terre entière jusqu’à lundi, jour pluvieux où j’ai remis la main sur une copie de ce chef d’œuvre aux puces de Clignancourt.

Phases & Stages est un disque à part dans la discographie de vieux barbu, une sorte d’album concept autour de la séparation d’un couple : du point de vue de la femme sur la face A, et du point de vue du mari sur la face B. Elle retourne chez sa mère et recommence à sortir. Lui n’y croit pas et sombre. Chaque histoire se décompose en chansons, ponctuées par un thème vocal (« Phases and stages » / « Circles and cycles » / « Scenes that we’ve all seen before » / « Let me tell you some more ») dont la douceur rappelle Donovan. Musicalement, il s’agit d’une de ses plus belles réalisations : c’est Jerry Wexler (Ray Charles, Solomon Burke, Aretha Franklin, Dusty Springfield…) qui est derrière la console. Il signe une production très dépouillée, mettant l’accent sur les instruments acoustiques et la voix d’un des plus célèbres hors-la-loi de la grande prairie. Si la country-music vous fait encore peur, c’est par Phases & Stages qu’il faut commencer : en plus d’être un des meilleurs disques de son interprète (avec Stardust, son album de crooner, et Teatro, produit par Daniel Lanois), c’est une introduction rêvée à un univers chaleureux et d’une richesse étourdissante, souvent réduit à sa caricature par une bande de tristes sires en Stetson.

Après l’avoir découvert, j’ai été atteint d’une Williemania carabinée. Je commandais sur eBay des lots de vinyles en plus ou moins bon état. Pour économiser sur les frais de port, je les faisais acheminer aux États-Unis chez une correspondante à laquelle son mari français rendait souvent visite. Peu après avoir envoyé l’argent au vendeur, j’appris qu’ils s’étaient séparés et que les aller-retours allaient être moins fréquents (J’ai craint un moment de leur avoir porté malheur, mais Phases & Stages ne figurait pas parmi la pile en transit). Les lots ont donc séjourné un bon moment dans le New Jersey avant de franchir l’Atlantique.

J’ai acquis d’autres Willie en attendant, et je me suis retrouvé avec des doubles, et surtout beaucoup d’albums pas très bons, dopés à la reprise (« A Whiter Shade of Pale », « Bridge Over Trouble Water », « Heart of Gold »,…), emballés sous des pochettes atroces (une peinture de Willie à cheval, le profil de Willie dessiné à l’aérographe, Willie en photo avec sa nouvelle paire de New Balance…). A quelques exceptions majeures près (Red Headed Stranger, autre disque concept sur un prédicateur en cavale après avoir refroidi sa femme et son amant), je n’ai jamais retrouvé la finesse et l’inspiration de Phases & Stages. Je m’en rends compte à nouveau aujourd’hui, en le redécouvrant après un an d’absence, et je rechute. Il me faut encore d’autres Willie pour entretenir la flamme. Je retourne à Parallèles acheter celui que j’avais reposé l’autre jour (Songwriter, en duo avec Kris Kristofferson, sur lequel il interprète « Write You Own Songs » : il ne manque pas de toupet) et je repars pour un cycle complet.  « Circles and cycles / Scenes that we’ve all seen before / Let me tell you some more. »

    • #Willie Nelson
  • il y a 1 an
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  • 20 Lectures
  • CromiumSupermalprodelica

La lo-fi s’éteignait à petit feu et les plus malins avaient déjà échangé leurs guitares contre des platines, exactement comme James Murphy le rappellera dix ans plus tard dans “Losing My Edge”. Parmi les plus malins, un garçon qui avait choisi un pseudonyme à même de rallier les fans de Prince et de Primal Scream : Supermalprodelica. Et bien d’autres : ses compositions sont truffées de samples savants (Cream, Tortoise, Lee Hazlewood…) et de références pointues. A l’époque où Diabologum rend hommage à “La maman et la putain” de Jean Eustache, Supermalprodelica dédie le premier morceau de son LP à Pierre Clementi, acteur fétiche de Bunel, Garrel ou Pasolini. De son LP ? Alors qu’en 1996, le format est agonisant (et qu’on voit apparaître les premiers graveurs de CD), l’album sort exclusivement en vinyle, à 300 exemplaires, sur un microlabel domicilié à St Alban Leysse (73230).

L’affaire avait tout pour ne pas en rester là : sur la foi de chroniques élogieuses (Les Inrockuptibles, Magic RPM et Technikart sont unanimes), Supermalprodelica attire l’attention d’une maison de disques qui se fait fort de déclarer tous les samples utilisés auprès des ayant-droits dans le but de ressortir le disque à une plus grand échelle. Mais le projet est sans cesse ajourné, tant et si bien que la réédition ne voit jamais le jour. Quinze ans après sa parution, Supermalprodelica demeure inédit sous la forme digitale, un comble qui ne manquera pas d’amuser l’amateur de vinyles qui en est l’auteur. La logique voudrait qu’il soit devenu un objet que s’arrache les collectionneurs. Même pas, alors qu’il constitue peut-être le chaînon manquant entre Art of Noise et les premières productions du label Warp.

Si la situation avait de quoi décourager le musicien, il semblerait qu’elle n’ait pas entamé sa créativité : il vient de poster une série de nouveaux morceaux sur son site, dont des reprises de Christophe, Aztec Camera, Mick Karn et… Mike Brant, dans un esprit pas si éloigné de celles publiées par Uwe Schmidt sous le nom de Lassige Bendthaus. Et s’inscrit pleinement dans la démarche de “fan-musicien” qui fait en grande partie l’objet du Retromania de Simon Reynolds.

    • #Supermalprodelica
  • il y a 1 an
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  • 150 Lectures
  • Flyin' ShoesTownes Van Zandt

C’était dans une brocante du côté d’Alésia (C’est plutôt mauvais signe d’ailleurs quand c’est une brocante et pas un vide-grenier, les prix sont toujours majorés d’une je-ne-sais-quoi d’abusif qui prend autant en compte la candeur de l’acheteur que la cupidité du vendeur). J’étais passé entre les stands en scrutant le sol, à la recherche d’un carton négligé. Le vinyle est toujours posé à même le sol, contrairement au CD qui a toujours le privilège du tréteau. J’étais tellement persuadé de ne rien trouver que j’en cherchais la confirmation dans le moindre bac, la moindre pile. Avant de tomber par hasard sur ce beau ténébreux penché à sa fenêtre. Qu’est-ce qu’il faisait là, perdu au milieu des fleurons de la variété française, au fin fond du XIVème arrondissement ? Rien. Il faisait comme moi. Il traînait. Il attendait son heure. Pas vraiment surprenant de la part de l’auteur de « Waitin’ Around To Die ».

C’est une fenêtre sans barreaux, sans battants, sans volets. Le revêtement en bois fait tout de suite penser au sud des États-Unis, le Texas peut-être. C’est là qu’il a commencé sa carrière, se produisant dans des salles comme le Old Quarter où a été enregistré un de ses albums en concert. Un des bâtiments de l’université d’Austin porte le nom de son arrière grand-père, John Charles Townes. C’est en son hommage que ses parents l’ont ainsi baptisé. Mais il s’est produit un peu partout, aux Etats-Unis comme en Europe. Il devait venir jouer à l’Erotika boulevard de Clichy il y a une dizaine d’années. J’avais gardé le flyer pour m’en souvenir. C’était dans la foulée d’un début de retour en grâce : les Tindersticks avaient repris un titre de son deuxième album, « Kathleen ». Malheureusement le pays fut paralysé par une grève générale de transports et la date fut annulée : le chanteur était coincé en Allemagne. Six mois plus tard, il décédait brutalement. Le jour-anniversaire de la disparition d’une de ses idoles, Hank Williams, quarante-quatre ans plus tôt. J’en tiens rancune aux cheminots depuis.

Il n’a pas l’air surpris par la photographie, pourtant il se tient dans l’ombre, comme s’il ne tenait pas à se dévoiler. Une main est posée sur la rambarde. Il a le regard sombre et pénétrant. Difficile de lire derrière ces yeux tous les tourments dont il était la proie. Jeune homme soumis aux électrochocs pour enrayer des symptômes de dépression chronique (une sale manie au Texas : un certain Roger Kynard Erickson ne s’en remettra jamais), il était capable de se jeter par la fenêtre juste pour éprouver le vertige de la chute. Il l’a fait une fois et s’est relevé indemne. Il n’a même pas cassé la bouteille de vin avec laquelle il a descendu quatre étages. Alcoolique invétéré, il était pourtant capable chaque soir de monter sur scène et de captiver le public une heure et demie durant. Il a vécu le même rapport destructeur avec le tabac, le sirop pour la toux, l’héroïne et le jeu. Comme c’était le cas pour Tim Hardin, Charlie Parker ou Hemingway, les drogues semblaient lui apporter une sorte d’équilibre plus qu’un semblant d’excitation. Il s’est éteint à l’âge de 52 ans, et beaucoup de ses proches semblaient surpris qu’il ait vécu aussi longtemps.

L’album compte 10 titres et dure moins de 35 minutes. Pourtant il concentre le savoir-faire de son auteur, musicien épris de blues et de country, ayant fait des gammes à l’écoute de Lightnin’ Hopkins. Il lui arrivait de ne pas sortir de chez lui pendant une semaine quand le démon de la guitare l’exigeait. C’est après avoir découvert « The Times They Are A-Changing » qu’il a décidé de prendre au sérieux son métier de troubadour et d’aligner ses compositions au niveau des meilleurs. Il en a égalé certains, dépassé d’autres. Pourtant lui-même n’a jamais connu la consécration, changeant de label régulièrement, disparaissant pendant dix ans, reprenant la route en compagnie des Cowboy Junkies dont il assurait la première partie – un comble, quant on connaît l’influence que son écriture inspirée a pu avoir sur tous les auteurs-compositeurs actuels, de Steve Earle à David-Ivar Herman-Düne.

Flyin’ Shoes est le septième album studio de Townes Van Zandt. Il a été publié en 1978 après cinq ans d’absence et ne bénéficie pas d’une réputation critique comparable à celles de ses premières œuvres. Eugène Chadbourne tient même des propos assez durs à son sujet : « Son équilibre est brisé à cause de morceaux de moins bonne facture dont certains ressemblent à du remplissage. Les quatre minutes de Who Do You Love ne sont pas précisément ce qu’attendent les fans de Townes Van Zandt, et si l’idée d’incorporer une slide-guitare rugissante à sa musique n’était déjà pas très heureuse, le résultat aurait pu être plus homogène. Au vu de tous les participants aux sessions, on était en droit d’attendre une interprétation plus inspirée. Van Zandt ne semble pas avoir été en mesure de guider ses accompagnateurs au travers d’un répertoire varié qui aurait pu donner naissance à un classique ». A cette nuance près : même un disque inégal du texan atteint des sommets.

Flyin’ Shoes, la chanson qui donne son titre à l’album, est accompagnée par la mandoline de Randy Scruggs. Elle commence par quelques mesures d’harmonica, comme dans un vieux western. Le climat est à la fois désabusé et bucolique. Il y a un très peau passage de pedal steel juste après le premier refrain, puis une reprise au piano du thème. C’est un petit moment de grâce où le défilé des saisons sert de prétexte à une prière dont la douceur n’égale que la noirceur.

La mort a surpris Townes Van Zandt chez lui, alors qu’il se remettait d’une opération. Sa femme venait de lui servir son dîner quand le téléphone a sonné. Elle était allé répondre et a laissé ses enfants surveiller leur père. Son fils Will lui a demandé s’il avait besoin de quelque chose et s’est absenté à son instant. A son retour, une crise cardiaque l’avait terrassé. Ses cendres ont été dispersées quelques jours plus tard du coté de Fort Worth et du comté de Van Zandt, à l’Est de Dallas. Il devait enregistrer aux cotés de Steve Shelley, le batteur de Sonic Youth, pour un disque qui aurait vu le jour sur Geffen. Il n’aura pas eu le temps de goûter cet ultime reconnaissance : l’homme aux semelles de vent avait déjà pris la poudre d’escampette. Ses chansons, elles, n’ont rien perdu de leur pouvoir fédérateur : elles continuent, dans la bouche de Willie Nelson, Lucinda Williams ou Emmylou Harris, à perpétuer le souvenir de ce vagabond céleste.

    • #Townes Van Zandt
  • il y a 1 an
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  • Mundane MundaeThe Stairs

Dans un fanzine paru il y a quelques années, je dressais une liste non exhaustive d’objets prêtés et non rendus dans l’espoir de voir certains d’entre eux réapparaitre. Je ne me faisais pas beaucoup d’illusions au sujet de la VHS de “You’ll Never Walk Alone” et pourtant le miracle s’accomplit : un lecteur qui l’avait lui aussi enregistré lors de son passage sur La Sept s’est manifesté. Il avait même pris soin de digitaliser l’émission depuis pour optimiser sa conservation.

“You’ll Never Walk Alone” est un de mes documentaires favoris. Réalisé par Jérome de Missolz et Eveline Ragot en 1992, il prend le pouls de la ville de Liverpool en suivant le quotidien d’une génération de musiciens. L’ainé, c’est Ian Mc Culloch qui, après le split d’Echo & The Bunnymen, poursuit une carrière solo. Il emmène les réalisateurs, épaulés par Jean-Daniel Beauvallet pour la partie “interview”, dans une interminable tournée des pubs. Les frères Head, eux, ont du mal à embrayer : à la fin des Pale Fountains, ils sont repartis vivre chez leur mère et passent la plupart de leur journées défoncés. Et il y a tous les autres, ceux qui espèrent être emportés par le succès de The La’s. Parmi eux, un groupe mené par un garçon vit au milieu de vinyles qui ont le même âge que lui : c’est Edgar Summertyme, le leader des Stairs.

J’ai adoré le premier album des Stairs parce qu’il appliquait à la lettre les recettes des premiers Stones, Them, Standells, Kinks, Troggs… C’est presque un groupe de reprises qui ne jouerait que des inédits. Mais des inédits qui seraient tous des tubes en puissance, emmenés par un chanteur habité. Mexican R’n’B est un album paru 25 ans trop tard ou 10 ans trop tôt. Car il annonce le revival garage rock qui fera le succès des Hives ou des Caesars. Mais au début des années 90, c’est Suede et The Auteurs qui s’apprêtent à rafler la mise. Le groupe ne s’en remettra pas : il faudra attendre plus de 10 ans pour qu’un second album, constitué de démos enregistrées dans la foulée du premier, voit le jour.

Mercredi dernier, Jérome de Missolz et Eveline Ragot étaient à la Gaité Lyrique pour une projection publique de “You’ll Never Walk Alone” - la première depuis la diffusion sur La Sept. Quand on sait que leur film est indisponible depuis (bien qu’on puisse le visionner en intégralité sur Youtube), parler d’événement n’était pas un terme galvaudé. Pour le petit cercle de fidèles présent, Jérome de Missolz avait apporté des images exclusives : celles de la rencontre des frères Head et de leur idole Arthur Lee, avec lequel ils interprètent quelques extraits de Forever Changes. Et d’autres filmées plus récemment, où une reformation des Pale Fountains repète dans un local minuscule “Maybe The People Would Be TheTimes Or Between Clark and Hilldale” et “Lucifer Sam”.

La discussion qui suit évoque le sort des protagonistes de “You’ll Never Walk Alone”. McCulloch ? Il rejoue sur scène “Crocodiles” et “Heaven Up Here”, deux albums d’Echo & The Bunnymen . Michael Head ? A la recherche désespérée d’un label pour sortir son nouvel album. Dr Phibes ? En prison pour avoir tué sa mère. Edgar Summertyme ? Il s’est recyclé au sein de The Edgar Jones Free Peace Thing.

    • #Ian McCulloch
    • #Michael Head
    • #The Pale Fountains
    • #The Stairs
    • #You'll Never Walk Alone
    • #Echo and the Bunnymen
  • il y a 1 an
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  • Whoever You AreGeggy Tah

Je vais vous faire une confession : je ne suis pas sûr que l’album de Geggy Tah soit un chef d’œuvre. Je ne suis même pas sûr de l’avoir jamais écouté en entier. Pourtant, chaque fois que je le sors de sa boîte, c’est avec une excitation intacte puisque je vais écouter “Whoever you are”.

C’était en 1996. Beck avait fait tomber la barrière entre rock indé et hip-hop et tout le monde s’essayait à la recette miracle. Et parmi ce “tout le monde”, un trio dont David Byrne s’était entiché au point de le signer sur son label Luaka Bop. Dans leur poche, un tube. Un vrai tube en or massif, le genre grâce auquel on vit à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours. Pourtant, ça n’était pas gagné d’avance. “All I wanna do is to thank you / Even though I don’t know who you are / You let me change lanes / While I was driving in my car”. Rajoutez une intro un peu trop longue et toutes les chances étaient réunies pour que vous n’en entendiez jamais parler.

C’était sans compter sur le talent précoce d’un certain Greg Kurstin qui, grâce à un riff funky et un rythme délicieusement old school, allait transformer le plomb en or. Plus de 15 ans après sa sortie, il est rare que je passe une semaine sans écouter cette chanson, en général calée entre “Drinking in LA” et “How Bizarre” (oui, je sais, je suis un indécrottable nostalgique).

Le miracle ne devait pas se reproduire immédiatement. Le reste de l’album, à moitié co-signé par Kurstin, est pratiquement sans intérêt. Ce qui ne l’empêche pas d’être régulièrement sollicité pour jouer sur les disques des autres, puisqu’on le retrouve aussi bien aux côtés des Red Hot Chili Peppers, Jason Mraz, Ben Harper, Nelly Furtado…  que de Jenny Lewis, Peaches ou The Flaming Lips. En 2006, il fonde le duo The Bird and The Bee avec la chanteuse Inara George. En 2010, il est même nominé aux Grammys pour avoir produit le second album de Lily Allen. Et Geggy Tah dans tout ça ? Un chien sans collier perdu au milieu d’un pré. J’espère qu’avec leurs royalties, les membres du groupe lui ont au moins offert une niche.

  • il y a 1 an
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  • Chameleon DayTalk Talk

Mon plus vieil ami n’est pas mon ami le plus vieux. Mais mine de rien, c’est le seul qui puisse revendiquer l’appellation contrôlée “ami de 30 ans”. J’étais impatient de déjeuner avec lui parce que j’avais un exemplaire de mon livre à lui offrir et qu’il est plusieurs fois question de lui à l’intérieur. Je sens mon excitation monter en le voyant tourner les pages.
- Et tu n’as pas oublié “Chameleon Day”, j’espère ?
“Chameleon Day” ? Comment ai-je pu faire une impasse pareille ?

“Chameleon Day” figure en septième position sur l’album The Colour of Spring de Talk Talk. Comme il comportait déjà deux titres classés au TOP 50, (“Life What’s You Make It” et “Living in Another World”) on l’avait acheté en toute confiance : Talk Talk, c’est du sérieux. Enfin, c’était du sérieux jusqu’à « Chameleon Day » : titre sans mélodie, tour à tour murmuré et éructé, avec des cuivres qui improvisent tout le long et qui laisse sur un grand sentiment d’inachevé. Ah là, ils avaient bien déconné quand même. Le passage qui nous faisait le plus rire était celui où après une grande plage de calme, Mark Hollis se mettait à brailler BREATHE ON ME / ECLIPSE MY MIND. Ah non là, quand même, du grand n’importe quoi.

Évidemment, à la sorte de Colour of Spring, impossible de se douter que « Chameleon Day » n’est qu’un aperçu d’une métamorphose qui s’accomplira le long des albums suivants et qui verra le groupe quitter les rangs du top 50 pour s’inscrire dans une lignée beaucoup moins commerciale. Je me rappelle de notre réaction mitigée à la première écoute de Spirit of Eden deux ans plus tard :
- Les boules, c’est tout comme “Chameleon Day”.
Heureusement, Spirit of Eden débarque au moment où nous sommes à la recherche de musiques qui segmentent plus que de musiques qui fédèrent. C’est la porte d’entrée rêvée vers des univers qui s‘étendent bien au-delà de la new-wave : Robert Wyatt, Keith Jarrett, Brian Eno, Laurie Anderson… David Sylvian s’en souviendra lors de la reformation partielle de Japan sous l’identité Rain Tree Crow en 1991. Et tout le rock de Chicago n’aura cesse de lui rendre hommage.

Comment ai-je pu oublier « Chameleon Day » alors que je dois tant à ce titre ? Such a shame.

    • #Talk Talk
    • #Colour of Spring
    • #Chameleon Day
  • il y a 1 an
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