
Je n’ai jamais écouté de rap, vous disais-je il y a 3 semaines, mais par contre j’ai écouté Arnaud Michniak. Ou plutôt : je me suis pris Arnaud Michniak en plein dans la figure. Et j’ai rarement retrouvé dans le rap français de morceaux qui m’aient fait autant d’effet. Shurik’n ? Orelsan ? Ils rasent les murs à coté.
La première fois que j’entends « Je suis le peuple sans visage », c’est en 2004, sur une compilation éditée à l’occasion d’un festival à Colmar : il est signé DJ Rupture feat. Arnaud Michniak, extrait de Special Gunpowder. Trois ans plus tard, ce dernier le réenregistre à l‘occasion de la sortie de Poing Perdu. Les scratches ont disparu au profit d’un piano lugubre et solennel : le même qui hantait « Une histoire de séduction » sur #3 de Diabologum. Impossible alors de passer à côté du texte, qui a été réécrit pour l’occasion. « Ce coma, c’est un peu comme si c’était mon meilleur ami qui y était. Comme si chaque jour j’allais à l’hôpital pour essayer de le réveiller en lui passant des vieux disques, en lui rappelant une vieille histoire, en cherchant une bonne raison de sortir du noir que je ne trouve pas. Sauf que ce n’est pas mon ami qui est dans le coma, c’est moi. Je suis pas à l’hôpital mais chez bien moi. Et je me repasse toujours les mêmes vieux disques, me rappelle la même vieille histoire ». Aveu d’impuissance, autoportrait au vitriol et en même temps morceau obsédant qui présente Gil Scott-Heron à Léo Ferré. Du slam ? Restons sérieux.
Évidemment, avant Point Perdu, il y avait les deux albums de Programme. Mais jamais Arnaud Michniak n’avait été aussi personnel ni aussi bouleversant. Michel Cloup, son frère d’armes, a réitéré cette année le même exploit avec la sortie de son premier disque sous son nom, qui me parle beaucoup plus que ceux qu’il a publiés avec Expérience. Pourtant, les deux sont presque en négatif l’un de l’autre : quand l’un invoque « Mille voix », l’autre répond par « Notre silence ».